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L’ethnologue Marie Treps définit l’action de transmettre comme un processus consistant à faire passer quelque chose à quelqu’un et qui contribue à la persistance, souvent transformées, de représentations, de pratiques, d’émotions et d’institutions dans le présent.
Dans la revue Terrain, "Anthropologie et transmission"(1), David Berliner évoque la crise de la transmission comme la perte, l’oubli, la nécessité ou l’impossibilité de transmettre dans des sociétés en « crise » ou menacées de disparaitre par le bouleversement des formes de vie, l’effondrement des valeurs, les mutations des identités, la dilution des racines et des langues, ou comme le disait Hannah Arendt en 1972 dans son introduction au chapitre sur la crise de l’éducation "cette crise générale qui s’est abattue sur tout le monde moderne et qui atteint presque toutes les branches de l’activité humaine…"(2)
Philippe Meirieu, auteur de "Frankenstein pédagogue" rappelle qu'il n'y a pas d'apprentissage sans transmission, soit une asymétrie entre celui qui sait et celui qui ne sait pas et il faut accepter que toute formation suppose une transmission, la transmission d'un relais, d'un bien culturel, d'un héritage, d'un savoir-faire, d'une compétence...(3)
Dans leur dernier ouvrage (4) qui décline la transmission sous différentes approches conceptuelles, Willy Lahaye, Jean-Pierre Pourtois et Huguette Desmet rappellent que "le sujet construit son devenir dans un champ de possibles que l’histoire oriente. Tel est l’acte libre par lequel l’acteur « agit » un héritage auquel il donne sens pour se tourner vers un avenir fait de certitudes et/ou de surprises(...) ».
2. H. Arendt, La crise de la culture, Gallimard, Paris, 1972.
3. P. Meirieu, Elaboration et transmission in J-C Ruano-Borbalan(dir) savoirs et compétences, Actes de forum, Demos, Paris, 2000.
4. W. Lahaye, J-P Pourtois, H. Desmet, Transmettre. D’une génération à l’autre, PUF, Paris, 2007.
La Biennale 2012 se propose de centrer les réflexions en matière d'éducation, de formation et de pratiques professionnelles à partir du concept de transmission.
Les différentes formes de transmission ne séparent pas la question des personnes, des activités et des organisations. Elles se caractérisent par une remarquable convergence et unité en croisant aspects professionnels, culturels et identitaires.
Transmettre se décline notamment selon trois perspectives:
Régine Sirota, sociologue, interroge l’enfance comme figure paradoxale, "bien devenu rare, elle cristallise et incarne, au cœur d’un mouvement général de désinstitutionalisation, d’une part un des derniers liens sociaux, et d’autre part toutes les difficultés de la transmission, interrogeant et secouant violemment nos cadres de représentation et d’interprétation des modes de socialisation contemporains"(1)
François Dubet considère l’élève non pas seulement comme un individu face à une situation et à des contraintes mais comme un acteur construisant son expérience à travers des choix culturels et des orientations élaborant des stratégies et les significations de ces stratégies dans un système de relations sociales (2)
En 1993, dans
- La figure de l’héritier de Bourdieu et Passeron, en 1964, qui démontrent l’influence qu’exerce le milieu social d’origine comme facteur d’inégalité scolaire. Précurseur du concept d’habitus, la figure de l’héritier montre que l’élève est porteur de normes et de dispositions culturelles familiales intériorisées liées à sa classe sociale et ces normes sont plus ou moins proches des attentes culturelles et des modèles de rôles latents proposés par l’école.
Phillippe Perrenoud, sociologue, professeur à l’université de Genève, travaille sur l’analyse du curriculum lui permettant de dégager les paramètres de l’excellence scolaire et de dresser un portrait de l'élève qui doit avant tout être disposé à "jouer le jeu" (4). Le métier d’élève s’exerce autant dans le conformisme que dans la compétence et assimiler le curriculum, c’est devenir l’indigène de l’organisation scolaire, être capable de tenir son rôle d’élève sans troubler l’ordre, ni nécessiter une prise en charge particulière.
Le métier d’élève s’étudie aussi dans le rapport avec les disciplines enseignées, les rapports sociaux de sexe et la socialisation invisible entre pairs où émerge le paradoxe suivant…C’est au moment où la fonction socialisatrice de l’école est fortement remise en question que la socialisation qui s’y produit entre pairs est analysée à l’intérieur de la classe, dans les couloirs, ou dans la cour de récréation.
Patrick Rayou (5) redéfinit le métier d’élève comme une « métis », un savoir faire à mi chemin entre théorie et pratique qui permet d’être au lycée tout en n’étant pas exactement les lycéens qu’ils devraient être. D’autres univers aux pratiques annexes à l’école où opère aussi la transmission sont analysés telles que le rapport à la lecture, aux bibliothèques et les activités scientifiques et culturelles.
Pour Régine Sirota, cette redécouverte du poids des situations, parallèle à la massification du système scolaire et à l’intensification de la dilution du consensus scolaire, amène un renversement de l’idéal type de l’héritier dans le raisonnement sociologique et la déconstruction des variables clés telles que la classe sociale ou le sexe, et ce d’autant plus avec le décloisonnement de la sociologie de l’éducation qui réintroduit l’ethnographie, l’histoire et la biographie provoquant deux déplacements, de la scène vers les coulisses et de l’école vers la famille, et du handicap vers le privilège ainsi qu’une attention plus soutenue vers l’analyse des systèmes interprétatifs des acteurs sociaux. Acteurs, stratèges, transfuges, usagers, consommateurs, savants de l’intérieur, gens ordinaires, deviennent ainsi les nouvelles catégorisations et conceptualisations de cet acteur social qu’est l’élève en prenant la place de la notion d’agent de la sociologie de la reproduction.
1. R. Sirota, Petit objet insolite ou champ constitué, la sociologie de l’enfance est-elle encore dans les choux ? in Sirota, R. (dir) Eléments pour une sociologie de l’enfance, Rennes, P.U.R., 2006.
2. F. Dubet, Les lycéens, Paris, Seuil , 1991.
3. R. Sirota, Note de synthèse : Le métier d’élève, Revue française de pédagogie, n°104, p85-108,1993
4.
5. P. Rayou, Seconde mode d’emploi, Paris, Hachette, 1992.
